La lumière de Lisbonne est unique. Le soleil y brille de manière spectaculaire même en hiver. Ses rayons se reflètent à chaque coin de rue. Ils soulignent les belles silhouettes de ses vieilles boutiques et anciens ateliers, le décor perpétuel de la vie de cette ville séculaire. La même lumière semble émaner de ceux qui y travaillent : des hommes et des femmes accueillants et souriants qui aiment leur terre et son histoire.
Animatógrafo do Rossio
Photo credit Sebastian Erras

Les hauteurs de l'Art Nouveau

Avec sa multitude de fleurs, légumes et femmes aux cheveux au vent de style Art-Nouveau, la façade de l'Animatógrafo do Rossio vous clouera sur place. À son ouverture en 1907, c'était une salle de cinéma pouvant accueillir jusqu'à 100 personnes. Les peintures de femmes sur céramique à l'entrée de la billetterie sont particulièrement magnifiques. Ce lieu a par la suite accueilli une salle de spectacle ainsi qu’un théâtre pour enfants. Aujourd'hui, l'Animatógrafo accueille un peep show et un cinéma pour adultes.
Barbearia Campos - Cabelleireiro
Photo credit Sebastian Erras

Un barbier pour les rois - et tous les autres.

Artistes et écrivains, hommes politiques et journalistes, tous ont choisi Campos comme barbier, ou plutôt comme cabeleireiro, comme l'indique la magnifique enseigne du quartier central du Chiado. L'endroit est d'une telle élégance que même les rois en exil tels qu'Humbert II d'Italie ou Charles II de Roumanie l'ont choisi pour leurs soins personnels. Fondée en 1886 par José Augusto de Campos, la boutique se situe au même endroit et est tenue par la même famille, ce qui en fait probablement le plus vieux barbier en activité continue en Europe. Même les meubles, le plafond richement décoré et le lavabo en marbre rose et blanc de Carrara sont comme au premier jour.
Livraria Sá da Costa
Photo credit Sebastian Erras

La maison des amateurs de livres.

C'est le genre d'endroit où l'on peut trouver des étudiants assis par terre en train de lire, ou des bibliophiles passant des heures en communion avec les livres - le président portugais en personne y aurait ses habitudes. L'ingrédient secret de cette diversité est, selon Pedro le directeur de la boutique, “l'art portugais de l'hospitalité”. L'endroit est unique lorsqu'on le regarde de l'extérieur, dans une rue du Chiado. Au-dessus de l'entrée est inscrit l'ex-libris de la librairie suivi de la maxime “instruere:construere” (instruire - construire). De grandes lettres art-déco encadrent les deux grandes vitrines, “Livres portugais” et “Livres étrangers”. À l’intérieur, vous trouverez un trésor de manuscrits incunables, éditions épuisées au côté de milliers de livres modernes. Ces ressources précieuses ont été accumulées depuis l'ouverture de la boutique en 1913. En dehors de ses activités de librairie, Sá da Costa a contribué à la culture portugaise en publiant une collection de classiques portugais. Aujourd’hui, elle accueille toutes sortes d'événements et participe au festival Artfest Lisboa.
Retrosaria Bijou
Photo credit Sebastian Erras

Un endroit magique pour des petites choses.

Les Lisboètes ont développé un lien étroit avec cette mercerie au cours de ses cent ans d'existence. Derrière sa devanture Art Nouveau proprette, ils y ont trouvé, années après années, les meilleurs boutons, dentelles, broderies, fils, rubans, fermoirs et même bijoux. L'intérieur de la boutique n'a pas changé depuis son ouverture en 1915, ce qui apporte une touche magique et douillette à votre visite et à vos achats. José Vilar de Almeida, petit-fils du fondateur Augusto de Almeida, pense que si l'endroit a été déclaré boutique historique par la ville de Lisbonne, ce n'est pas seulement à cause de son magnifique style, mais grâce à son atmosphère indescriptible - un endroit magique pour trouver les éléments minuscules qui forment des choses magnifiques.
Camisaria Pitta
Photo credit Sebastian Erras

Ici, bretelles pour hommes

Le quartier lisboète de Santa Maria Maior a ouvert ses portes aux touristes, mais un représentant du vieux Lisbonne résiste encore. Camisaria Pitta, boutique familiale ouverte il y a 130 ans, est probablement le seul endroit au Portugal où l'on peut acheter des bretelles pour hommes, raconte Alfredo. En réalité, ici un homme trouvera tout ce dont il a besoin pour se vêtir avec classe, des chaussettes au chapeau. Les chemises sur-mesure sont sa spécialité. La boutique ornée de bois transmet un sentiment de professionnalisme - “un espace accueillant pour que la vie privée du client soit respectée dans l'atelier du tailleur,” explique Alfredo. Saluée par plusieurs prix, la boutique apparaît dans des films comme “Train de Nuit pour Lisbonne”. Cependant, Alfredo a dernièrement le sentiment que sa boutique est le dernier bastion dans le quartier. “Nous aimerions être entourés par plus de boutiques traditionnelles, pour que les clients soient plus enclins à venir faire des achats dans cette rue,” dit-il.
Sapataria e Chapeleria Lord
Photo credit Sebastian Erras

UUne boutique spécialisée dans un style art-déco

Les voyageurs sont immédiatement attirés par la devanture noire et cuivrée de cette boutique de chapeaux et de chaussures de la Rua Augusta, une artère principale du quartier lisboète de Baixa Pombalina. Les motifs art-déco rappellent les formes des bateaux de la rivière toute proche : la porte d'entrée, les lettres en fer de l'enseigne, le plafond ondulé et les comptoirs d'accueil. Cette enseigne où l'on retrouve des chapeaux faits main, des chaussures, des sacs et des gants, est un bastion pour la qualité depuis son ouverture en 1940. En 1955, le jeune Mário da Silva a commencé à y travailler - et à rêver d'en devenir le propriétaire. Il lui aura fallu près de 40 ans, mais ce rêve est enfin devenu réalité. Aujourd’hui, ses enfants veulent “perpétuer le rêve”, comme nous le dit sa fille Ana. Ce qui rend cette boutique unique et fructueuse, c'est l'attention personnalisée. “Nous sommes fiers de nous inscrire dans cette tradition”, explique Ana.
 
Video credit Fabio Tabacchi

Casa das Aguas
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D'une tendance à une autre

Cet endroit a beaucoup changé depuis son ouverture en 1907. À cette époque, on y vendait ... des verres d'eau ! Les gens venaient y boire toutes sortes d'eaux thermales : sulfurées, carbonatées, iodées, ferrugineuses... Il y avait une eau pour chaque maladie. Après ces heures de gloire, la boutique a pris un virage à 180° au niveau de la santé pour devenir un bureau de tabac, puis est tombée petit à petit à l'abandon jusqu'à il y a près de 10 ans, lorsqu'un accro au vintage l'a à nouveau transformée en quelque chose de spécial. Aujourd'hui, une fois que vos yeux se sont adaptés à la minuscule boutique sombre, vous apercevez de merveilleuses lampes aux formes étranges, des boîtes vintages, de vieilles cartes-postales, des plaques d'immatriculations, des carreaux de carrelage, des drapeaux, des vinyles et bien d'autres curiosités.
Livraria Bertrand
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La plus vieille librairie au monde.

“Nous faisons partie de la vie culturelle de Lisbonne depuis si longtemps que nous pensons que notre histoire est liée à celle de la ville, et à celles des livres au Portugal,” nous raconte Paulo, le directeur de la librairie Bertrand. La façade de cette institution couverte d'azulejos bleus est typique du Chiado, un quartier au cœur de la capitale portugaise. Mais la portée de cet endroit s'étend bien au-delà du Portugal : Bertrand est la plus vieille librairie en activité au monde, une caractéristique qui y attire des foules de visiteurs chaque année. Fondée en 1732 par un gentilhomme français, Pedro Faure, elle fut confiée aux frères Bertrand à sa mort. En près de trois siècles, la librairie a été témoin d’événements importants tels qu'un tremblement de terre et deux guerres civiles. Mais ce qui rend Paulo le plus fier, c'est sa contribution à la culture portugaise. José Fontana, un des co-fondateurs du Parti Socialiste du pays, y a travaillé avant de s'y suicider. L'auteur portugais Aquilino Ribeiro aimait tellement ce lieu qu'il y avait une pièce spéciale rien que pour lui. Aujourd'hui, Bertrand est le porte-étendard d'un réseau mondial de librairies, avec “un rôle qui va bien au-delà de simplement vendre des livres,” explique Paulo. Elle accueille une programmation culturelle riche, notamment le Ler no Chiado club, et vend toujours son jeu de cartes Bertrand (avec des caricatures d'écrivains) ainsi que l'Almanach Littéraire, publié depuis 76 ans.
Joalharia Do Carmo
Photo credit Sebastian Erras

L'histoire écrite en lettres d'or.

L'histoire d'une ville pourrait être racontée par celle de l'or qui l'a un jour traversée. Dès sa création en 1924, la bijouterie lisboète Joalharia Do Carmo a participé activement à cette histoire. Des dizaines de pièces d'or pour les baptêmes de navires y ont été fabriquées. Au cours de la Deuxième Guerre Mondiale, de nombreux juifs qui fuyaient l'Europe s'y sont rendus pour y vendre l'or qui allait payer leur voyage. “Ceci m'a servi de leçon, j'ai compris que dans la guerre et les tourments, les meilleurs biens sont l'or, les pièces et les pierres précieuses, car l'argent perd sa valeur,” raconte Alfredo, le neveu d'un des fondateurs, qui dirige la boutique aujourd'hui. Les photographies dans la vitrine illustrent quelques moments clés de son histoire. Elles montrent également que rien n'a changé sur la façade et les meubles de la boutique au cours des 55 dernières années. “La manière de servir les clients reste aussi la même,” ajoute Alfredo. Même si Joalharia Do Carmo conserve toujours son engagement envers les produits portugais, comme le filigrane classique de l'or local, elle a su s'adapter aux touristes du Lisbonne d'aujourd'hui avec des produits comme les magnifiques miniatures du tram de la ville à accrocher à un collier ou un bracelet.
Casa Buttuller
Photo credit Sebastian Erras

Uniformes et Tenues de guerre

Les uniformes portent plus d'histoires que n'importe quel autre vêtement. C'est pour cette raison que les visiteurs réguliers de la boutique de vêtements militaires Casa Buttuller sont plus des amis que des clients. “Ils me racontent des histoires de la guerra do ultramar - la guerre coloniale portugaise- et parfois je les vois pleurer,” raconte Maria, la directrice du magasin. “D'autres clients viennent avec leurs petits-enfants pour leur montrer d'où vient leur premier uniforme, et de temps en temps, des voyageurs reviennent nous voir avec un cadeau,” dit-elle. Plusieurs personnalités publiques ont été servies dans cette boutique, au Portugal et à l'étranger. Sur un mur, une lettre encadrée envoyée par Buckingham Palace en guise de remerciement pour une commande pour la Reine en 1982 est affichée. L'endroit a ouvert ses portes en 1847. À l’époque, on y vendait des chaussures et des chapeaux, mais au cours de la Première Guerre Mondiale, elle s'est spécialisée dans les uniformes, les décorations en métal et en tissu, les holsters, les cantines, les drapeaux et autres décorations. Le propriétaire est parti vivre à Paris, laissant Maria en charge. Elle gère la boutique comme si c'était la sienne parce qu'elle “est vraiment importante pour elle”.
Luvaria Ulisses
Photo credit Sebastian Erras

Pour l'amour des gants.

Une façade néoclassique construite en 1923 et un intérieur décoré de meubles Empire font de cette boutique un temple. Il s'agit d'un sanctuaire en quelque sorte : c'est la dernière boutique au Portugal vendant exclusivement des gants. Depuis 1925, année où elle a ouvert ses portes dans le quartier du Chiado à Lisbonne, le gratin de la société portugaise y est entré en quête de la paire de gants idéale pour toutes les occasions. “Nous avons une grande variété de modèles, donc il est difficile d'en choisir un seul : mais ce qui me rend vraiment fier, c'est notre capacité à répondre de manière individuelle aux demandes, même aux plus particulières,” explique le co-fondateur Carlos Carvalho.
Tous - Ourivesaria Alianca
Photo credit Sebastian Erras

Le Versailles portugais.

Les têtes de lions sculptées, les médailles et les éléments floraux sur la devanture de la bijouterie explique son surnom : le Versailles portugais. Une fois à l'intérieur, un dernier élément finit de vous convaincre : la magnifique peinture d'Artur Alves Cardoso encadrée par les sculptures ornementales du plafond. La bijouterie a été magnifiquement décorée en 1914, 11 ans après son ouverture en 1903. La richesse du lieu va de paire avec les bijoux qu'elle y a vendus : la boutique a reçu de nombreuses distinctions nationales et internationales pour ses bijoux. En 2012, elle était sur le point de mettre fin à son histoire exceptionnelle, mais l'entreprise Tous l'a reprise et l'a restaurée en conservant son originalité pour lui redonner sa place parmi les plus grandes boutiques du Portugal.
Au Petit Peintre
Photo credit Sebastian Erras

Le jardin des Artistes.

“Le jardin de ma vie”: C'est de cette manière que José Manuel Fragueiro Dominguez définit sa boutique dans le centre de Lisbonne. “Chaque chose a sa propre beauté,” dit-il lorsqu'il parle des produits qu'il vend : de la papeterie, des peintures, des gravures, des stylos et toutes sortes de cadres. Avec sa femme Maria do Céu Inácio Martins Manuel, ils donnent tout à ce petit coin du centre de Lisbonne dédié à l'écriture et aux fournitures d'art. Plus d'un siècle s'est écoulé depuis sa création en 1909, par António Franco, un membre de la famille du parrain de José, qui lui a légué la boutique. Les lettres dorées Art Nouveau de son enseigne sont devenues un repère dans la vie artistique lisboète. Grand nombre d'artistes parmi les plus reconnus du pays l'ont fréquentée : Carlos Reis, António Silva, Mestre Malhoa, Mestre Medida, Alfredo Morais et Real Bordalo pour n'en citer que quelques-uns. En tant qu'épicentre de la culture artistique portugaise, la boutique a connu son âge d'or dans les années 20, lorsqu'elle éditait le Jornal da Mulher, une revue pour les femmes rassemblant grand nombre de collaborateurs importants.
Ginjinha Sem Rival
Photo credit Sebastian Erras

L'essence liquide de Lisbonne

Nuno Gonçalves est un homme aux premières loges de la société lisboète. “Du premier ministre au mendiant, tout le monde a bu un jour une liqueur de notre boutique : synonyme d'authenticité, d'émotion, d'exclusivité mais surtout de Lisbonne, Lisbonne, et surtout Lisbonne,” dit-il. La boutique est modeste mais dispose d'une très belle sélection. Les Lisboètes la connaissent sous le nom affectueux de “Ginjinha das Portas de Santo Antão” (le nom de la vieille rue où elle se situe). Ginjinha fait référence aux deux types de liqueurs à la cerise vendues ici au milieu des symboles maçonniques. L'arrière grand-père de Nuno, qui a ouvert la boutique en 1890, était un franc-maçon. Depuis, ses liqueurs sont devenues un symbole de Lisbonne. Parmi elles, l'“Eduardino”, baptisée ainsi par un clown espagnol, ami du fondateur, qui la buvait avant de monter sur les planches du Coliseu dos Recreios tout proche.
Manteigaria A Minhota
Photo credit Sebastian Erras

Voyage dans le temps à Lisbonne

Si vous êtes prêts à sortir des sentiers battus pour découvrir un autre visage de Lisbonne, rendez-vous rua S. José, une ruelle étroite, aux fenêtres drapées de rideaux. Vous ne pourrez pas le manquer, grâce à son enseigne en faïence représentant une minhota, une femme en tenue traditionnelle, avec un fichu et une vache à ses côtés. La manteigaria, ou bar à lait, existe depuis 1917 et n'a pas beaucoup changé depuis sa création : c'est une charmante machine à remonter vers des temps plus simples et plus lents. Les clients sont principalement des hommes qui y boivent leur café en feuilletant des journaux. Mais le propriétaire ne croit pas avoir besoin de plus de modernité, il sait que les jeunes découvrent ce bar rétro avec plaisir.
Pequeno Jardim
Photo credit Sebastian Erras

Un jardin dans une cage d'escalier

Cette boutique de fleurs historique, située dans un bâtiment du milieu du XIXe siècle, à l’enseigne aux lettres dorées et aux plantes et fleurs luxuriantes a ouvert ses portes en 1922, mais l'histoire de cet oasis urbain est bien plus ancienne que cela. Ce qui rend Pequeno Jardim - le petit jardin - unique c'est tout simplement ceci : il est situé dans une cage d'escalier. La boutique a appartenu à Virgílio Madeira Gant qui y a travaillé de 8 à 80 ans, avant de remettre la boutique à la propriétaire actuelle, Elisabete Monteiro, en 2003. “Dès le début, j'ai profondément aimé ce projet, je savais que c'était un lieu à respecter de par son histoire et sa longévité,” dit-elle. La boutique apparaît dans de nombreux reportages télé, films et publicités. Mais pour Elisabete, le plus important ce sont les fleurs fraîches et séchées, les plantes et objets de décoration qui portent le nom du fleuriste.
Casa Macario
Photo credit Sebastian Erras

Deux piliers : le café et le Porto

“Nous voyons trois générations de clients ici : les grands parents y ont acheté leur café et les petits enfants viennent encore chez Casa Macario pour acheter le leur. Certains clients ont même leur propre mélange”, explique Luis Torres, dont la famille a ouvert la boutique en 1974. Les origines de la boutique remontent à il y a environ un siècle, lorsque Macario Moraes Ferreira a commencé à y vendre le café qu'il cultivait en Angola. Pendant des dizaines d'années, le tonneau sur lequel le café était venu a été au cœur de l'histoire de Lisbonne. C'est par exemple ici, que l'ancien président Mario Soarez a reçu des nouvelles de son père qui avait été incarcéré par le régime de l'époque. En plus de son café, Casa Macario vend aujourd'hui du vin, des liqueurs, des whiskys ainsi que des chocolats, des confitures et du thé. Les vins de Porto représentent plus de la moitié de ses ventes. Luis a des bouteilles datant de 1900 et un rêve secret : celui de devenir la maison officielle du Porto à Lisbonne.
Hospital de Bonecas
Photo credit Sebastian Erras

La dernière chance pour les poupées

En 1830, Lisbonne se remettait juste de son terrible tremblement de terre de 1755. Sur le lieu où se trouvait l'ancien hôpital All Saints avant sa démolition, un autre hôpital, plus petit, différent, a ouvert ses portes. Depuis ce moment-là, dit Manuela, docteur en chef de la boutique, “nous soignons les maladies de nos poupées et la saudade - nostalgie - de nos clients”. Dans cette remarquable boutique qui est aussi un musée de la poupée, il est encore possible de voir des inscriptions et des tombes de l'ancien hôpital. “Le destin a voulu remplacer ce lieu de douleur et de mort par un autre, un endroit où l'on pleure seulement lorsque l'on se souvient de son enfance,” déclare Manuela, docteur à l'âme poétique. La boutique ne soigne pas seulement les poupées blessées, elle en vend aussi de nouvelles, vêtues de costumes traditionnels portugais faits main, ainsi que des peluches et des jeux mécaniques. Il n'est donc pas étonnant que l'Hospital de Bonecas ait été choisi pour des pièces de théâtre, des films, des enregistrements et même des défilés de mode.
Soares e Rebelo
Photo credit Sebastian Erras

Le paradis des légumes

Vous voulez faire pousser les ingrédients pour préparer votre propre sopinha lusitana - une soupe portugaise ? Ici, vous trouverez littéralement les graines de la cuisine locale, des navets, des tomates, des radis, en passant par les oignons, les choux, les haricots et les pois. Et la liste est sans fin. Chez Soares and Rebelo, vous trouverez également les outils, les livres et les engrais nécessaires au jardinage urbain. La devanture en bois vert est ornée d'une vieille publicité peinte de la marque de la boutique : Hortelao. Elle a ouvert ses portes en 1935 sur la Praça da Figueira, une place de marché où, à l'époque, les paysans venaient vendre leurs produits. Les fondateurs se dirent alors qu'ils pourraient aussi vouloir y acheter des choses : notamment des graines pour leurs champs. L'idée est restée la même : de simples rayonnages en bois chargée de sacs de graines. Mais Soares e Rebelo n'est pas figé dans le passé : la boutique est devenue une véritable force en ligne, des clients partout dans le monde y achètent leurs graines.
Confeitaria Nacional
Photo credit Sebastian Erras

Six générations de douceurs

Les médailles à l'entrée de la Confeitaria Nacional, gagnées lors de concours internationaux à Philadelphie, Vienne ou Paris, ne sont qu'un exemple des honneurs reçus par cette pâtisserie-salon de thé fondée en 1829. Actuellement dirigée par la sixième génération de la famille fondatrice, la Confeitaria est devenue fournisseur de la famille royale portugaise en 1873. Aujourd’hui, elle fournit toujours le bureau du Président. Sa spécialité est le Bolo Rein, un gâteau traditionnel aux raisins secs, fruits confits et noix inspiré de la recette française du Gâteau des Rois, vendu exclusivement entre Novembre et Mars. Petite anecdote historique : Cofeitaria Nacional attirait tellement de clients importants qu'elle est devenue le premier endroit à Lisbonne à avoir un téléphone.
Cafe a Brasileira
Photo credit Sebastian Erras

Café et culture

Le café brésilien, aujourd'hui reconnu comme un des meilleurs au monde, n'était pas particulièrement apprécié au début du XXe siècle. En 1905, un portugais qui vivait et cultivait du café au Brésil est revenu à Lisbonne et a ouvert A Brasileira, espérant faire changer les esprits par rapport à son café. Le lieu a su gagner la confiance des nouveaux convertis. Qui plus est, A Brasileira est devenu le point central des rencontres entre artistes et intellectuels aux premières heures de la république portugaise en 1910, et de la liberté de réunion. L'icône culturelle, le magazine, Revista Orpheu vit le jour en ces murs. En 1925, 11 peintures réalisées par 7 artistes de la nouvelle génération ont été exposées au café, une façon d'affirmer une tendance moderne. En 1971, 11 autres œuvres d'artistes contemporains ont été présentées, réaffirmant cette tendance. L'auteur Fernando Pessoa y est venu si souvent que sa présence y a été immortalisée par une statut de bronze.
De Sousa & Silva
Photo credit Sebastian Erras

Premier vendeur de timbres au Portugal

La première boutique à vendre des timbres au Portugal existe encore aujourd'hui, remarquable par sa façade sculptée en bois. Ouverte en 1819 dans le centre de Lisbonne, elle est passée entre plusieurs mains depuis celles des fondateurs. Aujourd'hui, elle vend une multitude de produits fabriqués au Portugal, notamment des sacs, de la maroquinerie, des cartes de visite et même des trophées. Fernanda Igrejas, directrice de la boutique, est particulièrement fière de ses souvenirs en liège, un matériau typique du Portugal avec lequel on peut obtenir toutes sortes d'objets.
Chapelaria Azevedo Rua
Photo credit Sebastian Erras

Un chapeau pour chaque tête

Si vous voulez vous sentir aussi mystérieux et envoûtant que le poète lisboète Fernando Pessoa, essayez le chapeau de feutre classique qu'il porte sur pratiquement toutes ses photos. Le meilleur endroit pour en trouver un est le chapelier Azavedo Rua dans le quartier de Rossio à Lisbonne. L'histoire même de la boutique pourrait inspirer un roman. En 1886, un vigneron de Porto no Douro, Manuel Aquino de Azevedo Rua était au bord de la faillite suite à un épisode de phylloxéra. Il emprunta de l'argent à un oncle pour ouvrir cette boutique de chapeau à Lisbonne, en échange de quoi il s'engageait à appliquer des tarifs très généreusement réduits aux membres du clergé. Plus tard, la boutique s'est spécialisée dans la confection de chapeaux pour les costumes du théâtre National D. Maria II et des tricornes pour les toréadors. Certains modèles n'ont jamais été modifiés depuis 1886, d'autres sont personnalisés selon les volontés des clients. “Nous nous efforçons toujours de trouver un chapeau pour chaque tête,” conclue Pedro.
Casa dos Ovos Moles de Aveiro
Photo credit Sebastian Erras

Oeufs mous et douceurs de couvents

Les Ovos Moles de Aveiro sont une des 10 choses qu'il faut vraiment découvrir au Portugal, selon un sondage établi par les portugais eux-mêmes. Les “oeufs mous d'Aveiro” sont une spécialité à base de jaunes d’œufs et de sucre. En 2013, Filipa Cordeiro et Maria Dagnino ont travaillé en collaboration avec l'Association de producteurs d'Ovos Moles pour ouvrir une boutique à Lisbonne qui en serait l'ambassade. “Notre projet vise à montrer le bem-fazer portugais, le savoir-faire”, expliquent-elles. En plus des œufs mous, elles vendent aussi une large sélection de confiseries fabriquées dans les couvents, à base de sucre et de jaunes d’œufs selon une tradition datant de plus de cinq siècles.
Teatro Tívoli BBVA
Photo credit Sebastian Erras

Scènes de Société.

Sous le dôme noir et derrière la façade néoclassique du théâtre Tívoli, sur l'Avenida da Libertade à Lisbonne, de nombreux accords commerciaux ont été signés et bien des actions politiques scellées. Le théâtre, construit en 1924, est rapidement devenu un lieu de rencontres pour la haute-société, la seule à pouvoir se permettre d'y aller. Lors de son ouverture, le bâtiment conçu par l'architecte Raúl Lino abritait le théâtre le plus moderne de la ville. Décoré dans un style Louis XIV, le théâtre au 1114 places a également été équipé pour le passage du cinéma muet au cinéma parlant. À son heure de gloire, il accueillait une troupe en résidence et les fêtes de Carnaval et de Réveillon étaient incontournables pour les habitants les plus branchés. Mais au cours des 20 dernières années du XXe siècle, il connut un certain déclin à tel point qu'il était destiné à devenir un hôtel, ou à être rasé. En 2012, la troupe de théâtre UAU l'a racheté et rénové, redonnant au bâtiment sa mission première.
Pastéis de Belém
Photo credit Sebastian Erras

Des débuts simples au symbole national.

Le petit pastéis de Belém est probablement le meilleur représentant de la pâtisserie portugaise. Cette petite tarte aux œufs est née en 1834, là où se trouve la boutique aujourd'hui, derrière la magnifique façade couverte de véritable azulejos de la Rua de Belèm. Les pastéis y sont toujours produits de manière artisanale (mais en grande quantité pour faire face à la demande), grâce à ses 170 employés. Les pâtisseries étaient produites dans le monastère Jerónimos adjacent jusqu'en 1834, lorsque tous les couvents au Portugal furent fermés et le clergé expulsé suite à la révolution Libérale. Pour gagner sa vie, un moine entrepreneur a commencé à vendre les pastéis dans le quartier de Belém, trouvant des clients parmi les visiteurs du monastère. Quelques années plus tard, un certain Domingos Rafael Alves a installé une petite fabrique pour augmenter la production, selon la “recette secrète” du couvent. Des personnes célèbres comme Amália Rodrigues, Jorge Amado et Fernando Peça y achetaient des gâteaux régulièrement. Aujourd'hui, le quartier a été rattaché à Lisbonne mais la pâtisserie y est toujours chez elle et la recette n'a pas changé.
Fábrica das Enguias
Photo credit Sebastian Erras

La première usine d'anguilles de Lisbonne.

En 1942, la rivière traversant la ville portugaise d'Aveiro a connu une augmentation exceptionnelle de sa population d'anguilles, l'offre dépassant largement la demande. Une famille entreprenante inventa alors un processus pour les conserver. La population d'anguilles se normalisa par la suite mais les portugais s'étaient habitués aux délicieuses anguilles en conserve de la Fábrica das Enguias (Usine d'anguilles). La famille a donc continué à conserver les anguilles dans la saumure ; cette année, l'Usine d'anguilles a ouvert sa première boutique à Lisbonne. Derrière sa devanture inspirée par les illustrations Art Déco de sa boite de conserve traditionnelle, l'équipe d'Ana Godinho initie les locaux mais aussi les voyageurs aux délicieuses recettes secrètes aux anguilles. “Depuis notre ouverture, nous avons organisé des ateliers de cuisine pour montrer toutes les déclinaisons possibles pour nos anguilles en conserve,” raconte-t-elle. Traditionnellement, on les mange avec des pommes de terre au four, mais on trouve de nouvelles recettes telles que le risotto de légumes et d'anguilles, les tapas d'anguilles à la confiture de tomates ou une sauce pour les anguilles à base d'oignons et de poivrons rouges.
Manteigaria Silva
Photo credit Sebastian Erras

Un incontournable des dîners de Noël.

“J'ai toujours voulu rassembler sur quelques mètres carrés le meilleur de la gastronomie portugaise,” explique José Branco, qui a parfaitement atteint ses objectifs. Située dans le centre ville de Lisbonne, cette Mecque de la gastronomie offre fromages et noix, saucisses et jambons, vin et morues. “L'essentiel de la véritable nourriture portugaise,” dit-il. La boutique est un repère dans la ville, une étape essentielle dans la préparation du déjeuner de Noël. “De nombreux petits-enfants viennent ici pour acheter ce que leurs grands-parents y achetaient déjà”, raconte José. La spécialité de cette magnifique boutique fondée en 1890 est le fromage Serra da Estrela, affiné avec patience et soin au sein même de la boutique.
Farmácia Morão Herdeiros
Photo credit Sebastian Erras

Héritage d'un service de proximité

Les trois portes d'entrée arquées en bois surplombées de magnifiques azulejos sont au cœur du Graça, quartier historique de Lisbonne, depuis plus d'un siècle. En 1896, cette pharmacie a été ouverte par l'arrière grand-père d'Helena. “Nous sommes une boutique de quartier, centrée sur les besoins de nos clients,” explique-t-elle. Le temps passe et les tendances évoluent, la mission reste cependant la même. Néanmoins, la boutique a su s'adapter à l'évolution de la santé et de la médecine, offrant aujourd'hui des produits de dermo-cosmétique, phytothérapie et homéopathie. L'intérieur s'est également modernisé, tout en respectant l'architecture d'origine.
Ce que nous avons appris.
Franchir le seuil des plus belles boutiques de Lisbonne est une manière de découvrir la ville autrement. On y trouve une authenticité, un miroir des grands événements du pays modelé par le savoir-faire et la créativité de génies portugais. Les artisans et les marchands de Lisbonne semblent porter en eux le soleil de la ville : ils sont toujours prêts à vous serrer la main et à vous accueillir. N'oubliez pas d'aller en rencontrer quelques-uns lorsque vous visiterez Lisbonne.
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