« Paris est toujours Paris, et Berlin n'est jamais Berlin », a déclaré l'ancien ministre de la Culture, Jack Lang, en capturant la nature métamorphique et mouvante de la capitale de l'Allemagne... ou devrait-on dire de l'Europe ? Cette nature changeante se manifeste très clairement dans les méandres de l'U-Bahn, le métro de Berlin. Le système de transport en commun de la ville parcourt chaque jour une distance équivalente à 8,7 fois le tour de la Terre. Dans l'U-Bahn, les vieux Berlinois croisent le demi-million d'étrangers originaires d'environ 200 pays qui ont élu domicile dans la capitale allemande.

Le carrefour de la ville

« Cette place, c'est toute ma vie », déclare Stefanie Rensch à propos d'Alexanderplatz. C'est le premier endroit qu'elle a vu quand elle est arrivée à Berlin depuis sa ville natale, située à 70 km au Nord. C'est l'endroit où elle est sortie pour la première fois avec l'homme qui est devenu son mari et le père de ses deux enfants. C'est l'endroit où elle passait des nuits à faire la fête lorsqu'elle était étudiante, et le lieu où elle donne rendez-vous à ses amis qui viennent lui rendre visite. En réalité, son histoire est celle de nombreux Berlinois : Alexanderplatz (ou Alex, pour les locaux) est le carrefour de la ville, la station où se croise le plus grand nombre de lignes d'U-Bahn et de S-Bahn (trains de banlieue). Ce lieu est un véritable nœud de communication depuis le XIIIe siècle, lorsqu'il constituait un point d'entrée à Berlin depuis Oderberger Tor. Ce n'est pas un hasard si, des siècles plus tard, un million de personnes se sont rassemblées ici, en novembre 1989, lors de la plus grande manifestation qu'a connu l'Allemagne de l'Est et qui a entraîné la chute du Mur. Malgré sa taille et son histoire, l'architecture de cette station reste austère et minimaliste. « J'aime sa couleur bleu-vert. Son association avec le jaune des trains est tout simplement sublime », poursuit Steffi.
STATION : Alexanderplatz
ANNÉE : 1913
QUARTIER : Mitte


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Le métro d'Einstein

La station Bayerischer Platz se situe au cœur de la vie de Werner Friedrichs. Avec sa femme, il a co-fondé un Comité d'action citoyenne agissant dans ce quartier. Au début du XXe siècle, le 'quartier bavarois' de Schönberg était peuplé d'artistes, de scientifiques et d'intellectuels, parmi lesquels de nombreux Juifs, comme Albert Einstein (qui prenait le métro à cette station pour aller travailler) et Erich Fromm, entre autres. Cette station a été lourdement bombardée durant la Seconde Guerre mondiale, faisant plusieurs dizaines de morts lors d'une terrible offensive ayant touché deux trains. Elle a par la suite été reconstruite en conservant les carreaux bleus et blancs inspirés du drapeau de la Bavière. Aujourd'hui, cette station associe transport, culture et gastronomie. Werner y a créé une salle d'exposition dans sa partie supérieure, appelée Café Haberland. Ce partenariat né d'une association entre un groupe de citoyens et le secteur public poursuit des recherches sur les anciens et les nouveaux habitants du quartier bavarois et propose toute une série de courts métrages.
STATION : Bayerischer Platz
ANNÉE : 1910
QUARTIER : Bayerisches Viertel


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Plaidoyer pour la conservation historique

« La station de métro Berliner Straße est typique de Berlin Ouest », affirme Udo Schmitz à propos de cette station emblématique aux murs recouverts de panneaux rouges. Cette station parmi les plus fréquentées de Berlin a été construite en 1971 par l'architecte au style unique Rainer G. Rümmler, dont la liste des réalisations comprend des écoles, des pavillons et trois stations d'U-Bahn. Udo, graphiste, travaille sur un projet artistique dont l'objectif est de capturer l'état d'esprit des années Rümmler, celui des années 60 et 70. « Les endroits de Berlin comme la station Berliner Straße me rappellent les HLM d'après-guerre de ma ville natale d'Allemagne de l'Ouest », explique-t-il. « Je regrette que la ville ne fasse pas plus pour la conservation historique des bâtiments comme ceux du Berlin d'après-guerre », ajoute-t-il.
STATION : Berliner Strasse
ANNÉE : 1971
QUARTIER : Charlottenburg


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Une œuvre architecturale

Antonio Luque a eu le coup de foudre pour la station de métro Deutsche Oper lorsqu'il est arrivé à Berlin il y a quatre ans. « Je voulais travailler en tant qu'architecte et j'ai été attiré par le dynamisme de cette ville », se souvient-il. Cette station, figurant dans de nombreux clips et films, comme 'Cours, Lola, cours', réalisé en 1998 par Tom Tykwer, a immédiatement retenu son attention. « J'ai été subjugué par son élégante structure métallique », précise Antonio. Il a ensuite découvert que ses « somptueux carreaux » avaient été conçus par l'artiste portugais José de Guimarães et offerts à la ville par l'ambassadeur du Portugal. « Cette station est un parfait mélange d'architecture industrielle et d'art contemporain », ajoute-t-il.
STATION : Deutsche Oper
ANNÉE : 1906
QUARTIER : Charlottenburg


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Un filon de créativité

Datant des années 70, la façade de cette station est souvent comparée à une plateforme pétrolière ancrée au milieu de la ville. À en croire Arthur Lagoeiro Alvarenga, l'U-Bahn berlinois regorge de richesses, mais pas d'or noir. « Les vendredis et samedis soir, des jeunes de tous horizons envahissent les wagons, chacun avec leur propre style, chacun avec leur couleur de peau, de cheveux et d'yeux...», affirme ce Brésilien tout bonnement « tombé amoureux de la liberté, de la tolérance et de la puissance créative de cette ville ». Il est arrivé à Berlin peu après avoir arrêté ses études. « Je voulais prendre mon temps pour réfléchir à ce que voulais faire, sans pression », explique-t-il. « Je ne sais pas ce qui s'est produit, mais j'ai ressenti le pouvoir de Berlin », ajoute-t-il. Après avoir squatté des canapés pendant quelque temps, il a décidé de s'installer. « Il y a quelque chose à Berlin qui vous donne envie de vous surpasser, mais dans le bon sens du terme, et de vous intéresser à ce qui fait de vous ce que vous êtes », conclut-il.
STATION : Fehrbelliner Platz
ANNÉE : 1913
QUARTIER : Wilmersdorf


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Apprenti usager

Quand Thai Hoang a quitté le Vietnam pour Berlin il y a cinq ans, il n'était encore jamais monté dans un métro. « Dans mon pays, il n'y a que le bus comme moyen de transport en commun », précise-t-il. Tout en apprenant l'allemand, il a appris à se déplacer sous terre. « Pour aller à l'école de langues, j'ai pris le métro à Innsbrucker Platz tous les jours pendant six mois. J'arrivais même à reconnaître mes compagnons de voyage ! », ironise-t-il. « Innsbrucker Platz est un endroit marquant de mon existence ». Cette station est également spéciale pour une autre raison : la ligne U4 qui s'y arrête possède moins de wagons que les autres lignes, car son quai plus court ne peut pas en desservir plus de six.
STATION : Innsbrucker Platz
ANNÉE : 1910
QUARTIER : Schöneberg


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Les sons du passé

Les sons jouent un rôle important dans la relation de Susanne Werth avec l'U-Bahn. Elle a joué pendant longtemps de la musique dans le métro, faisant résonner le son de sa guitare dans les couloirs des stations de l'U-Bahn. Toujours musicienne, son oreille affûtée aurait reconnu les sons du passé de la station Jannowitzbrucke, tenant son nom du pont voisin enjambant la Spree. Point de départ d'excursions en bateau, cette station alors située à Berlin Est a été fermée pendant la guerre froide. Les entrées ont été entièrement murées et on ne pouvait distinguer qu'un faible vrombissement de trains en circulation au loin, la musique de l'époque. Jannowitzbrucke a été la première station fantôme à rouvrir, le 11 novembre 1989, deux jours seulement après la chute du Mur, permettant à Susanne et à d'autres musiciens d'y jouer.
STATION : Jannowitzbrucke
ANNÉE : 1930
QUARTIER : Mitte


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Une forêt souterraine

Jungfernheide, dont le nom signifie 'forêt vierge', tient son appellation de l'immense forêt qui se trouvait jadis près de cette station. Pour l'activiste culturel Justin Raymond Merino, une nouvelle forêt - souterraine - a remplacé l'ancienne. Justin Merino est à la tête de Kulturspace, un cabinet de conseil en image de marque et conception qui publie également des livres et organise des événements. L'année dernière, il a été approché par le photographe Claudio Galamini qui a passé des mois à immortaliser les 173 stations du métro de Berlin, attendant le moment opportun pour que les quais se vident totalement de leurs usagers. « Regarder ces photos est une expérience visuelle surréaliste. Lorsqu'on attend sur ces quais, on est tellement distrait par le chaos et la foule qui nous entoure qu'on en oublie d'apprécier l'histoire et l'architecture du lieu », déclare Justin. Il a donc décidé de publier les photos de Galamini dans un bel ouvrage sur papier glacé. « Puisque Berlin est aujourd'hui au cœur même de l'innovation créative et culturelle, il était temps de partager un morceau d'histoire de cette capitale au riche patrimoine avec le monde entier », poursuit-il. Jungfernheide est sans aucun doute l'une des stations de métro dont les couleurs, la typographie et le design transforment le plus l'espace souterrain.
STATION : Jungfernheide
ANNÉE : 1980
QUARTIER : Charlottenburg


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Hommage au héros

Certains Berlinois disent que le décor psychédélique de Mierendorff Platz leur donne mal à la tête, mais l'inspiration derrière les motifs rouges, noirs et blancs en forme de papillons n'est pourtant pas le fruit d'un illuminé. Tout est lié à la lettre 'M', comme Mierendorff, Carlo Mierendorff. Universitaire et politicien socialiste, il est l'un des héros de la résistance peu connue d'une partie de l'Allemagne contre le nazisme. Tué en 1943 lors d'un bombardement allié sur Leipzig, il n'aura malheureusement pas connu la libération de son pays. Cet hommage à Mierendorff a été rendu par Rainer G. Rümmler, célèbre architecte des années 70. Hartmut Weidemann, grand amoureux du métro, ne trouve rien à redire à ces 'M' rouges fantasmagoriques, ce qui est relativement prévisible de la part d'un passionné de trains et gérant d'une boutique spécialisée dans les maquettes de trains de toutes sortes, y compris de l'U-Bahn.
STATION : Mierendorff Platz
ANNÉE : 1980
QUARTIER : Charlottenburg


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Liberté d'esprit

Daniel Friedrichs ne se sépare jamais de son mug lorsqu'il prend chaque jour son train à la station Neukölln. Avant, il achetait son café à emporter, mais une expérience a changé ses habitudes. Un jour, alors qu'il avait momentanément posé son gobelet sur la machine à valider les tickets, un homme a fourré un vieux mouchoir en papier dans son café. « Quand j'ai commencé à me plaindre, il a ri, m'a donné deux euros et a dit : 'Ça les vaut bien !' », raconte Daniel. Cette histoire est un exemple de la liberté d'esprit que l'on retrouve dans ce quartier multiculturel de Berlin. Cette station est une référence dans le quartier. Sa façade a servi de décor dans 'Neukölln Unlimited', un documentaire datant de 2010 sur une Libanaise, mère de deux enfants, passionnée de hip-hop et de breakdance, tentant de survivre en Allemagne en évitant la police et les services d'immigration.
STATION : Neukölln
ANNÉE : 1930
QUARTIER : Neukölln


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Rouge passion

« Le rouge vif de la station Osloer Strasse me rappellera toujours un moment fort de ma vie : mon premier été à Berlin, lorsque je regagnais cette station après un long après-midi au lac, ou que je changeais de ligne pour me rendre à la salle de sport après le travail », déclare Isis Caceres. Le rouge qui l'a tant impressionnée est celui des gigantesques drapeaux norvégiens ornant les murs de la station dont le nom est celui de la rue se trouvant à la surface, baptisée en l'honneur de la capitale norvégienne. « En tant que décoratrice d'intérieur, j'ai tout de suite été attirée par les espaces nouveaux et inhabituels du métro berlinois », ajoute Isis. « Avec ses superpositions de couleurs et ses architectures saisissantes, l'U-Bahn a été une grande source d'inspiration qui a ajouté à mon envie de venir ici », ajoute-t-elle.
STATION : Osloer Strasse
ANNÉE : 1976
QUARTIER : Gesundbrunnen


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Ouverture du bunker

Pour Charlotte Schippmann, Pankstrasse est symbole d'attention et d'espoir. C'est près de cette station qu'elle retrouve chaque semaine une jeune migrante de 14 ans pour l'aider à gérer les problèmes du quotidien. Elle est également bénévole à Schülerpaten Berlin e.V., une organisation dont les bureaux sont situés près de Pankstrasse et dont l'objectif est d'améliorer les possibilités d’éducation pour les enfants et de promouvoir les échanges culturels. L'enthousiasme que Charlotte associe à ce lieu semble être confirmé par la police de caractères amusante (Octopuss) utilisée pour écrire le nom de la station. Cet endroit a pourtant un lourd passé. Juste au-dessus des lignes de train résiste l'un des derniers bunkers édifiés par Hitler à la fin de son règne. Ce bunker a été maintenu durant la guerre froide. Il pouvait accueillir plus de 3000 personnes pendant deux semaines en cas de guerre nucléaire. Un corridor relie directement le bunker à la station de métro. En cas d'urgence, deux trains pouvaient s'y arrêter pour transporter davantage de voyageurs.
STATION : Pankstrasse
ANNÉE : 1977
QUARTIER : Gesundbrunnen


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Un jardin secret

Étoiles au plafond, fleurs aux murs et mosaïques de légumes : voilà ce que Kerstin Reppin voit chaque jour en prenant le métro pour se rendre au travail. Ce jardin secret est l'œuvre de l'un des principaux architectes de l'U-Bahn berlinois : Rainer G. Rümmler. Le décor de la station comprend également des arbres gigantesques ornés de figures géométriques, donnant un double sens aux colonnes de la structure. Par ailleurs, le nom de la station est en réalité un jeu de mots : Paul Stern était le propriétaire d'un bar tellement célèbre que tout le quartier de Spandau semble porter son nom. Et n'oublions pas que Stern signifie 'étoile' en français, d'où les décors au plafond.
STATION : Paulsternstrasse
ANNÉE : 1984
QUARTIER : Spandau


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

No man's land

« La nuit où le mur de Berlin est tombé, je me suis rendue sur Potsdamer Platz avec une amie et son père, et j'ai grimpé sur le mur », révèle Eleni Siozos. « Pour moi, ce lieu est symbole de changement et de reconstruction ». En réalité, la station Potsdamer Platz est spéciale depuis sa création puisqu'elle a été la toute première à ouvrir à Berlin. En 1961, le Mur a été construit juste au-dessus. Située à la frontière entre Berlin Est et Berlin Ouest, cette station a été fermée pour empêcher les gens de franchir le Mur. Elle est alors devenue la 'station fantôme' la plus célèbre de la ville parmi les stations de métro fermées lors de la division de Berlin. « Moins d'un an après la chute du Mur, je suis revenue me promener ici avec ma grand-mère, dans cet ancien 'no man's land' le long de la frontière », se souvient Eleni. « Je me rappelle encore avoir été impressionnée par ce vide ». La station a finalement été restructurée et a rouvert en 1993. Aujourd'hui, la place est entourée de bâtiments incroyablement modernes comme le Sony Center, et d'un mélange éclectique de boutiques, restaurants, musées, cinémas, et autres résidences de luxe. « Quand ce quartier a été construit, mon passe-temps du week-end était de venir ici pour découvrir les nouveaux coins de la ville », ajoute Eleni.
STATION : Potsdamer Platz
ANNÉE : 1902
QUARTIER : Potsdamer Platz


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

La quintessence de Berlin

« Cette station représente, selon moi, toutes les facettes de Berlin : on y retrouve un célèbre compositeur, un passé nazi, un design coloré et la transformation de vieilles constructions en de nouvelles structures...», affirme George Pavlopoulos, résumant son amour pour cette station. La station d'origine a été conçue par Alfred Grenander, l'un des plus célèbres architectes des débuts de l'U-Bahn, avant d'être repensée par Rainer G. Rümmler, l'autre architecte inextricablement lié au métro de Berlin. Rümmler a conçu cette station en entourant de carreaux colorés les images d'opéras de Richard Wagner, en hommage à l'héritage du célèbre compositeur. L'architecte a également ajouté une série de mosaïques de style byzantin issues des décombres de l'hôtel Bayernhof, près de Potsdamer Platz : une transformation et une réutilisation typiques de l'esprit berlinois, précise George. Mais ce n'est pas tout. C'est également à Bayernhof que trois Bulgares ont été arrêtés en 1933 après le grand incendie du Reichstag, un événement réutilisé par Hitler pour sa propagande anticommuniste. « Ce souvenir hante la ville, et Berlin fait tout son possible pour protéger chaque événement ancré dans la mémoire collective », ajoute-t-il.
STATION : Richard - Wagner Platz
ANNÉE : 1906
QUARTIER : Charlottenburg


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Point de passage

« Rosenthaler Platz est le point de départ d'une nouvelle ère », déclare Mathias Bratsch. Ce lieu a été un important carrefour depuis sa création, où se trouvait jadis la Porte Rosenthal, un arc de triomphe d'inspiration romaine avec des colonnes, seul point d'entrée à Berlin autorisé aux Juifs. Abandonnée pendant des dizaines d'années, cette station est devenue un passage transfrontalier après la chute du Mur. « Ensuite, les habitants de Berlin Est et Berlin Ouest se sont unis, symbole de compréhension interculturelle », a poursuivi Matti, fasciné par l'orange du carrelage choisi par Alfred Grenander, l'architecte qui a conçu la plupart des premières stations de métro berlinoises. « Le logo de mon entreprise, Vegan4Dogs, reprend cette couleur symbolisant la compréhension entre les êtres, la prochaine étape à franchir », continue Matti. Le même orange est utilisé dans les emballages de croquettes vegan pour chiens fabriquées par Edgar, l'entreprise portant le nom du chien de Matti. « Notre objectif est de répandre l'amour à travers les espèces, et Rosenthaler Platz est le parfait symbole de ce nouveau départ », conclut Matti.
STATION : Rosenthaler Platz
ANNÉE : 1930
QUARTIER : Brunnenstrasse


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Un joyau bien gardé

La station Rüdesheimer Platz est la porte d'entrée d'un joyau bien gardé de Berlin : le quartier de Wilmersdorf, relativement peu touché par les bombardements alliés de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Construit sous le règne du Kaiser Guillaume II (1888-1918), l'endroit regorge de motifs classiques carrés, de magnifiques pelouses, de somptueux porches en pierre sculptée et de toits de tuile rouge. C'est l'un des plus beaux endroits au monde, selon Julia Busch, maître verrier dont l'atelier est situé place Rüdesheimer. Datant de la même époque, la rue est considérée par le New York Times comme l'une des plus majestueuses d'Europe. La station de métro elle-même est un lieu empreint de noblesse, avec ses colonnes et ses mosaïques de granite conçues par l'architecte Willy Leigebel. À la surface, un jardin floral et une fontaine ornent le centre de la place. Entre mai et septembre, la tranquillité laisse place à l'effervescence du Weinbrunnen, un festival de musique et marché de plein air rassemblant des producteurs de vin venus de toute l'Allemagne et d'Autriche, organisé chaque année en septembre.
STATION : Rudesheimer Platz
ANNÉE : 1913
QUARTIER : Wilmersdorf


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Hommage au savoir-faire

Kiran Talat a quitté la Turquie pour Berlin en 1970 pour y rejoindre son père, ouvrier immigré. Arrivé avant lui, son père avait ouvert un petit atelier de tailleur. En 1991, Kiran a repris l'atelier de son père et vit et travaille et toujours dans la capitale allemande, aux côtés de millions de Berlinois. Son expérience se manifeste dans la qualité des tissus qu'il utilise et dans l'élégance de leur coupe. La boutique de Kiran se situe tout près de la station Siemensdamm, elle-même un monument du développement économique d'un pays attirant des citoyens du monde entier aspirant à une vie meilleure. Cette station tient son nom du géant de l'industrie allemande Siemens, dont les locaux se situaient dans le quartier.
STATION : Siemensdamm
ANNÉE : 1980
QUARTIER : Spandau


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Un carrefour de styles

« J'adore prendre le métro parce qu'on y croise des gens de tous styles et de toutes cultures », note Elisa Zeller, créatrice de bijoux. « Quand j'aperçois une bague intéressante sur une femme assise à côté de moi dans le métro, je la dessine en arrivant à la maison et garde le dessin pour m'en inspirer ». Outre de nouvelles idées, le métro lui donne l'occasion d'étudier ses futurs clients, ajoute-t-elle. Son lieu de prédilection pour ces découvertes est la station Westhafen, située près du Port de l'Ouest, un gigantesque port fluvial construit en 1923 et dont l’effervescence a façonné l'industrie berlinoise au XXe siècle. Cette station a ouvert en 1961, peu après la construction du Mur. En l'an 2000, les artistes Françoise Schein et Barbara Reiter ont rénové ce lieu pour faire oublier ses sombres origines en ornant ses murs de citations issues de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et de l'œuvre de l'écrivain Heinrich Heine, aussi bien en allemand qu'en français.
STATION : Westhafen
ANNÉE : 1961
QUARTIER : Moabit


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

Une inspiration sans fin

Le magnifique hall d'entrée Art nouveau de la station Wittenbergplatz a enflammé l'imagination de la jeune Nele Blu, lorsqu'elle a quitté sa ville natale de la région de Lausitz pour Berlin. « Cette station était mon premier arrêt et l'est toujours quand je rentre de voyage », confie-t-elle. Construite en 1913 par l'éminent architecte de l'U-Bahn Alfred Grenader, cette station est l'une des plus anciennes de Berlin. Sur l'un de ses quais, on distingue le nom de la station dans le style rond, rouge et bleu propre au métro de Londres. Ce n'est pas un hasard. Ce panneau a été offert par les transports de Londres en 1952 pour commémorer le 50e anniversaire de l'U-Bahn. À quelques pas de la station se trouve l'une des rues les plus commerçantes de la capitale allemande avec KaDeWe, le second plus grand magasin d'Europe après Harrods, à Londres. Il y a tellement de choix et, pour Nele, tellement de photos à publier sur Instagram ! « Parfois, je retrouve mes amis du côté nord avant d'aller au marché », ajoute-t-elle. « D'autres fois, je me promène sans but particulier dans les rues bondées en laissant libre court à mon imagination au milieu de la foule ». Certaines de ses idées atterrissent ensuite sur son blog.
STATION : Wittenbergplatz
ANNÉE : 1902
QUARTIER : Schöneberg


POLICE DE CARACTÈRES

COULEURS
PHOTO CREDIT Sebastian Spasic

« Berlin est pauvre, mais Berlin est sexy », a déclaré Klaus Wowereit, maire de Berlin pendant 13 ans, jusqu'en 2014. Depuis, la ville a beaucoup changé, et une définition plus moderne a été donnée par le professeur de droit américain Hiroshi Motomura : « Berlin, c'est la culture de New York, le système de transport de Tokyo, la nature de Seattle, et les trésors historiques de... Berlin ! ». La quintessence de cette ville éclectique, créative et moderne ne se trouve peut-être pas uniquement à la surface. En s'intéressant au monde souterrain de cette capitale, on retrouve ces mêmes caractéristiques dans les lettres et les couleurs ornant les couloirs de son métro.
License: Creative Commons Attribution No Derivatives 4.0

Ceci pourrait peut-être vous intéresser...

L’histoire inattendue du guérrilla marketing L’histoire inattendue du guérrilla marketing
Le véritable coût du Comic Sans et autres bizarreries d’imprimerie Le véritable coût du Comic Sans et autres bizarreries d’imprimerie
L’art controversé de la colorization du passé L’art controversé de la colorization du passé
Sentir la typographie Sentir la typographie
Venetian Floors Venetian Floors
Barcelona Floors Barcelona Floors
Comment l'impression a conquis l'arc-en-ciel Comment l'impression a conquis l'arc-en-ciel
Je t'enseigne Milan Je t'enseigne Milan
London Floors London Floors
Je t'enseigne Paris Je t'enseigne Paris
Je t'enseigne Lisbonne Je t'enseigne Lisbonne
Mood Palette Mood Palette