Les typographies préférées des grands graphistes

by

« On peut créer une bonne publicité sans une bonne typographie, mais on ne peut pas créer une publicité fantastique sans une bonne typographie ».

Herb Lubalin, typographe

Les plus grands graphistes au monde, surtout ceux des générations passées, aimaient utiliser certaines polices d’écriture qu’ils maîtrisaient particulièrement bien, en les déclinant dans leurs projets. Leurs choix variaient peu, mais ils voulaient que leur projet graphique ait l’air fiable et stable.

Ils se concentraient donc sur la rigueur de la forme des caractères et la clarté des informations.
Par ailleurs, puisque l’ordinateur ne faisait pas encore partie des outils du graphiste, les grilles et les modèles étaient plus rigides et obligeaient, sauf en cas d’expérimentation artisanale, à se cantonner à des normes inadaptées aux polices trop élaborées.

« La typographie est une architecture à deux dimensions fondée sur l’expérience et l’imagination, et soumises à une échelle de tailles et à un souci de lisibilité ».
Hermann Zapf, typographe

Swiss Style / International Typographic Style

Au cours de notre voyage à la découverte des polices de caractères préférées des plus grands graphistes, nous ne commencerons pas, comme beaucoup peuvent le penser, par la très célèbre Helvetica, véritable emblème du graphisme.

Nous allons d’abord nous intéresser à sa « mère », un projet brillamment conçu à la fin du XIXe siècle et toujours aussi jeune et moderne 150 ans plus tard.

Akzidenz-Grotesk

 Conçue en 1896 et utilisée dans les années 50, Akzidenz-Grotesk est la mère de deux polices ultra-célèbres : Helvetica et Univers.
Son utilisation est une déclaration d’amour au graphisme minimaliste et à une esthétique rationaliste et rigoureuse. 

Azkidenz Grotesk, Publicité Volkswagen, 1961. Source: https://www.flickr.com altpapiersammler

Baskerville

Il s’agit d’un grand classique typographique et de l’une des plus belles polices d’écriture jamais conçues. Sa version la plus ancienne remonte à la moitié du XVIIIe siècle avant d’être modifiée pour devenir New Baskerville.

The Will to Live: Selected Writings of Arthur Schopenhauer. Ungar Pub Co (1967)

Cette typographie est classique, élégante et a une lisibilité remarquable. Times New Roman a du mal à faire le poids face à une police d’écriture si caractéristique et aussi bien conçue.
Elle fonctionne très bien en grande taille et en majuscules pour les titres, tout comme en petit format pour les textes longs. C’est d’ailleurs cette typographie qu’utilise dans ses livres depuis des années la maison d’édition italienne Adelphi pour donner « du caractère » à son catalogue.

A page from an Adelphi book
Exemple d’une page de livre édité par Adelphi

DIN 1451

Cette police préconisée pour les graphismes modernes est à la fois linéaire et fonctionnelle.

Née de l’évolution d’une typographie créée pour les gares de chemin de fer de Prusse, DIN est devenue une norme en Allemagne en 1936, utilisée selon la loi dans de nombreux domaines (comme en signalétique ou pour la numérotation des rues). Cette police porte alors toujours en elle les idées révolutionnaires du Bauhaus, et non du régime qui s’apprête à s’emparer du pouvoir.

Tous les graphistes l’ont déjà utilisée au moins une fois dans leur carrière.

L’album « Automatic for the people » de REM est un célèbre exemple de l’utilisation de la police de caractères DIN 1451.

Source : designarchives.aiga.org

Cette typographie est tellement efficace qu’elle est devenue une norme pour la réalisation de panneaux de signalisation dans de nombreux pays européens.
On la retrouve également sur bien des packagings, surtout sur les emballages de produits au fort contenu industriel, par exemple sur les peintures et vernis.

Photo : jjay69, Flickr

Sabon

Il s’agit de l’un des chefs-d’œuvre du grand typographe Jan Tschichold qui l’a conçue sur commande en 1966. Dérivant de la très célèbre Garamond (dont nous parlerons dans quelques instants), elle est le résultat d’un incroyable mélange d’élégance, d’originalité et de lisibilité.

Source : https://www.jarnamejeri.se
Standard & Poor’s logo

Étudiée pour fonctionner au mieux dans les textes de livres, elle se prête également à la conception de grands logos, comme le montrent les exemples suivants.

Garamond

Aucun bon graphiste ne peut se passer d’une police classique et fonctionnelle comme Garamond, déclinée dans différentes versions dans le monde entier.

En Italie, elle est synonyme de culture puisqu’elle est utilisée par la majorité des maisons d’édition, telles qu’Einaudi, Bompiani, Rizzoli, Guanda, etc.

Apple utilise d’ailleurs l’une de ses célèbres versions.

Source: Publicité Apple « Think different. », 1997.

Il s’agit d’une typographie polyvalente que l’on retrouve sous d’innombrables formes. Cette police à empattements est riche en histoire puisqu’elle est née en 1500 avant d’évoluer et de changer plusieurs fois au cours du temps.

Garamond Oldstyle FS

Généralement préférée à la controversée Times New Roman, elle propose, dans certaines versions, des chiffres et des italiques d’une élégance sans pareille.

Garamond Oldstyle FS

Les typographies présentées se comptent certes sur les doigts d’une main, mais elles peuvent suffire aux bons graphistes, comme l’a déclaré Massimo Vignelli, célèbre typographe italien immigré aux États-Unis (et créateur de la police de caractères du métro de New York) dans une interview donnée il y a quelques années (source : https://bigthink.com/) :

 « Il n’existe pas plus d’une dizaine de typographies réellement efficaces, et je suis généreux. Je n’en ai d’ailleurs jamais utilisé plus de trois ou quatre de toute ma vie… »

You may also like