Trendspotting 2018 : la conception éditoriale

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Que vous réalisiez une création pour une publication imprimée ou en ligne, les mêmes règles s’appliquent avec la lisibilité pour objectif commun. Si les utilisateurs ne parviennent pas à lire ou à comprendre la hiérarchie employée, vous risquez de les perdre. Les tendances en matière de conception éditoriale vont de l’utilisation excessive d’images et de graphiques à des pages à peine remplies flottant sur une mer d’espace inoccupé. Et ce qui fonctionne pour une publication ne marche pas nécessairement pour une autre, si bien que tout est subjectif.

Les concepteurs Xavier Schoebel et Amélie Lecocq ont une grande expérience dans le domaine de la conception éditoriale en France pour des institutions culturelles comme le Louvre ou le Centre Pompidou. Tous deux enseignent le graphisme : Xavier au LISAA, l’Institut Supérieur des Arts Appliqués de Strasbourg, et Amélie à la Faculté des Arts de Strasbourg. « Notre travail de conception éditoriale s’articule principalement autour de projets culturels pour lesquels nous utilisons des tableaux et des graphiques pour illustrer l’information. Par exemple, ce qui fonctionne pour un livre pour enfants ne marchera pas avec un magazine de mode », explique Xavier.

Dans cet article, ce duo de choc, à la tête du Collectif Ça va 2 Paire, partage cinq prévisions éprouvées en matière de tendances éditoriales à suivre en 2018.

Nous aimons utiliser des créations typographiques contemporaines. Par exemple, dans le livre intitulé The North and the East Into World War I, nous utilisons différents styles d’écritures pour créer un effet dramatique sur la page. Nous aimons ce mélange de caractères anciens et modernes, plus flexibles.

  1. Typographies : mélangez-les !

Les vieilles consignes typographiques consistant à utiliser seulement deux ou trois types de caractères en conception éditoriale ne sont plus d’actualité. Au contraire, mélanger et fusionner différentes typographies pour créer une ambiance particulière est vraiment amusant. « Nous aimons mélanger les caractères anciens et historiques à des styles d’écriture modernes, plus flexibles », note Amélie. « Concevoir des typographies contemporaines signifie parfois associer le vieux et le neuf pour créer une atmosphère intemporelle. »

  1. Couleur : apportez de la luminosité !

Des couleurs vives à fort contraste peuvent faire la différence entre une conception banale et une création parlant au plus grand nombre. Pour Xavier, « associer une couleur vive à des tons pastel ou gris est un moyen simple de créer de la profondeur et de l’intrigue, comme sur les vieilles pochettes d’albums des années 70. À cette époque, la tendance était à l’utilisation d’illustrations ou de caractères de couleurs vives sur des fonds moins colorés ou des photos en noir et blanc. » Souvent, le contraste contribuait au concept et à l’intrigue de l’album.

L’infographie est un outil pratique permettant d’illustrer des faits et des chiffres, tout en mettant en valeur et en ajoutant de la couleur à des informations autrement peu attirantes.

  1. Images : originales ou issues de banques d’images ?

Les photos issues de banques d’images peuvent faire l’affaire si vous êtes pressé ou si votre budget est serré, mais rien ne vaut les photos originales, et cette tendance n’est pas près de changer — une bonne nouvelle pour les artistes et autres photographes. Les illustrateurs peuvent considérablement améliorer l’histoire en interprétant le contexte. « C’est aussi très amusant d’ajouter des titres ou des dessins au-dessus des photos. Assurez-vous simplement d’avoir l’autorisation du photographe pour le faire si vous n’avez pas les droits exclusifs », ajoute Amélie. « Ces ajouts graphiques peuvent renforcer le caractère dramatique et la perspective. » Bien sûr, si vous achetez des photos dans des banques d’images, vous n’avez pas besoin de demander la permission.

Pour ce projet, nous avons transformé la grille de mise en page du sommaire en un élément pictural dans le cadre d’une exposition sur l’histoire de la bibliothèque de l’université de Strasbourg. Nous avons ajouté des lignes bleues dans le bloc de texte de la grille pour refléter la mise en page des vieux livres que l’on peut trouver dans ce type de bibliothèques.

  1. Composition : trouvez le juste équilibre entre le texte et les images !

Les concepteurs éditoriaux utilisent toujours les grilles de mise en page comme points de départ de leurs projets. Elles permettent de configurer la page, de déterminer la largeur des colonnes et d’obtenir un aperçu des titres sur le support. « Souvent, les concepteurs préfèrent déconstruire la grille pour dynamiser la composition », précise Xavier. « Par exemple, la tendance est d’utiliser davantage de place dans les marges pour y insérer différents types d’informations, comme une petite photo servant de référence à une plus grande image présente plus loin dans la publication. »

  1. Publications imprimées ou en ligne

On entend la même rengaine depuis des années : « Le papier est mort ». Eh bien, c’est faux ! Certes, le nombre de publications imprimées a drastiquement diminué ces dix dernières années, mais le public, et surtout les artistes et les designers, aime cette expérience tactile consistant à tourner les pages des magazines et des journaux. « Pour nous, les éditions numériques ne peuvent pas remplacer le papier, mais sont un bon complément », continue Amélie. Par exemple, si vous travaillez sur un nombre de tirages limité, essayez d’utiliser du papier plus épais ou différentes techniques d’impression, puis expliquez le procédé dans la version numérique. Faites-les coexister et collaborer.

Certaines de ces tendances sont tout sauf nouvelles, mais la conception éditoriale peut se révéler particulièrement expérimentale selon la cible choisie. Pour Xavier, « le tout est de trouver le juste équilibre entre les différents niveaux de textes, de photos et d’illustrations pour créer de nouveaux dialogues visuels ». 

 

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