Affiches qui mangent le smog

Panneaux d’affichage, affiches et peintures qui « mangent » le smog

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Le thème de la protection de lenvironnement n’est plus quelque chose d’abstrait ou de réservé aux discussions d’un petit nombre d’activistes. Le monde commence à comprendre que l’homme ne pourra vaincre le plus grand défi de tous les temps qu’en protégeant l’environnement. Sauver la planète signifie protéger la santé des hommes de la pollution atmosphérique, de plus en plus dangereuse, et des changements climatiques.

Des centaines de milliers de jeunes adhérent en effet, désormais, au mouvement Fridays for Future de la jeune activiste Greta Thunberg, et font grève pour demander aux gouvernements de mener des actions concrètes contre le réchauffement climatique, et des politiques actives prêtes à adopter rapidement un modèle productif durable et respectueux de l’environnement.

Anders Hellberg CC BY 4.0. Source: https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Greta_Thunberg_01.jpg

Selon la World Health Organization, les conséquences des changements climatiques et de la pollution atmosphérique, qui pèsent sur de nombreuses villes dans le monde entier, pourraient causer la mort de 250 000 personnes supplémentaires par an, entre 2030 et 2050. De plus, de récentes études scientifiques estiment que 95 % de la population mondiale respire un air pollué et dangereux.

Voilà pourquoi on assiste, ces dernières années, à la naissance de produits dont l’objectif est de combattre ces importantes problématiques, en créant un cercle vertueux faisant intervenir l’art et le marketing et les mettant au service de la protection de l’environnement.

The Breath : le tissu qui absorbe la pollution

Parmi les différentes technologies antipollution innovantes, citons The Breath développé par l’entreprise italienne Anemotech. Il s’agit d’un tissu spécial capable d’absorber les particules fines nocives présentes dans l’air et de les désagréger, pour ensuite restituer un air propre. Une technologie à laquelle ont travaillé des ingénieurs, des scientifiques et des chercheurs de l’Université Polytechnique des Marches.

En gros, The Breath prend au piège le smog. Il peut être utilisé à l’extérieur, pour les panneaux d’affichage et les affiches publicitaires ou comme support pour la signalétique mais aussi dans des espaces fermés, comme, par exemple, dans les écoles, les hôpitaux et les bureaux, pour neutraliser les substances libérées par les produits chimiques usuels ou pouvant provoquer des allergies.

Ce tissu a été utilisé pour des panneaux publicitaires, par différentes marques et dans des villes comme Milan et Rome. Le premier panneau de ce genre est apparu pour la première fois, à Milan, et on pouvait y lire cette phrase très ironique : « Cette publicité ne vend pas d’auto. En un an, elle en fait disparaître 409 704. » L’espace avait été acheté par la société de publicité Urban Vision.

The Breath a d’ailleurs reçu l’approbation de l’association environnementale italienne Legambiente et, comme l’affirment ses créateurs, il peut détruire jusqu’à 40 % des COV (VOC en anglais), ces composés organiques volatils produits par des hydrocarbures, des particules fines, des résidus d’imprimantes et de photocopieuses, et qui contribuent à la pollution de l’air, dans les espaces intérieurs comme à l’extérieur.

La technologie de The Breath repose sur l’utilisation d’un matériau extrêmement souple, qui peut donc faire office de tableau, de tente, de paroi de séparation ou de panneau publicitaire. Comment fonctionne-t-il en détail ? Dans la structure même du tissu, des nanoparticules capturent le smog et les produits polluants, grâce à un processus totalement passif et en utilisant le mouvement de l’air, il est donc totalement durable.

La structure du tissu a une action purificatrice grâce à trois niveaux qui agissent ensemble : l’air passe au travers des mailles, où un cœur en fibre de carbone capture et désagrège les molécules polluantes. De cette façon, l’air circule, plus propre et plus respirable. Bien sûr, il s’agit d’une technologie qui, seule, ne peut purifier totalement l’air de toute une ville ou d’un bureau, mais qui contribue à l’obtention d’un environnement plus propre.

Anemotech/NIVEA. Source: https://www.thebreath.it/news/a-milano-nivea-installa-unaffissione-che-combatte-lo-smog/

NIVEA, par exemple, a choisi ce matériau pour un maxi affichage de 400 mètres carrés à Milan, avec pour accroche : « Cette publicité réduit les effets du smog », pour promouvoir la campagne NIVEA Essentials Urban Skin et lancer une gamme de produits detox. The Breath peut donc aussi devenir un outil intéressant pour les agences marketing : être « green » est, en effet, rentable en terme de visibilité, puisqu’il s’agit une démarche favorable non seulement pour l’environnement mais aussi, pourquoi pas, en terme de business.

Airlite, la peinture « mange-smog » appréciée des street artistes

Airlite est, en substance, une peinture 100 % naturelle qui purifie lair. Elle a été citée par les Nations Unies pour son efficacité. L’histoire de cette technologie italienne a débuté avec les recherches effectuées par le cofondateur de la société, Massimo Bernardoni, sur les matériaux photosensibles qui s’activent avec la lumière. En 2013, ce dernier décide de fonder son entreprise, à Londres, avec Antonio Cianci et Arun Jayadev.

Testée pour éliminer les odeurs, les moisissures et 99,9 % des virus et bactéries des surfaces, la peinture Airlite utilise l’énergie de la lumière pour réduire la pollution, en purifiant lair de 88,8 % des polluants. Son fonctionnement repose sur le principe de la photocatalyse, une réaction semblable à la photosynthèse chlorophyllienne des plantes, qui permet de produire de l’oxygène. De la même façon, les produits Airlite utilisent les propriétés naturelles du dioxyde de titane pour produire une réaction oxydante permettant de capturer et de détruire la pollution présente dans l’air.

Les chercheurs qui ont élaboré cette technologie indiquent qu’en plus de compenser les émissions moyennes produites par 18 voitures en un an, une surface de 100 mètres carrés peinte avec Airlite permet de réduire la pollution de la même façon que le ferait une forêt de 100 mètres carrés d’arbres à haute tige. Cela revient donc à planter une « forêt invisible », qui nettoie l’air de la pollution.

Comme elle peut être utilisée aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, la peinture Airlite a rapidement été adoptée par plusieurs street artistes sensibles à la question environnementale : c’est ainsi que s’est développé un véritable mouvement, qui utilise l’art pour améliorer le monde. De nombreux projets sont nés dans ce sens, ces dernières années, avec un objectif commun, celui d’assainir l’air que nous respirons.

Iena Cruz. Source: http://www.ienacruz.com/

Hunting Pollution est, par exemple, la plus grande peinture murale écologique dEurope. Elle a été inaugurée en octobre 2018, à Rome, dans le quartier Ostiense. Elle a été réalisée par Federico Massa, alias Iena Cruz, un street artiste dont les œuvres dénoncent, depuis des années, les risques de la pollution. En utilisant la peinture Airlite, il détruit la pollution comme le ferait une forêt de 30 arbres. Le sujet choisi représente justement la « chasse » au smog et la nature cherchant à survivre face à la pollution.

En 2019, s’est tenue en Italie la première biennale de street art respectueux de l’environnement, appelée Super Walls : 16 artistes internationaux ont utilisé Airlite pour réaliser 20 fresques murales, à Padoue et Albano Terme, contribuant ainsi à la revalorisation du territoire.

Les projets utilisant cette peinture n’existent pas qu’en Italie, bien sûr : à Mexico, le collectif Boa Mistura a réalisé un arbre de 35 mètres de haut qui élimine la pollution engendrée par la circulation d’environ 60 000 véhicules par an.

Améliorer le monde et faire du marketing

C’est grâce à des idées comme celles-ci et à de longues recherches sur les matériaux qu’il est possible d’améliorer la qualité de lair dans les villes. Ces nouvelles technologies peuvent servir aussi d’outils de marketing, dans une démarche vertueuse « win-win » associant amélioration de l’environnement et visibilité des entreprises pariant sur ces innovations, en plus de fournir à la street art une raison supplémentaire de se développer et de se propager plus encore.

1) Couverture : Anemotech: https://www.thebreath.it/news/i-cartelloni-si-mangiano-lo-smog-quando-la-pubblicita-e-pulita/

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